Désengagement sur l’eau et flou total sur l’avenir du Fort Griffon, le Département en difficulté

Le Département du Doubs multiplie les signaux alarmants : désengagement financier majeur sur la question de l’eau, présentation trompeuse des données environnementales et gestion défaillante du patrimoine historique. Deux exemples mis en lumière par l’opposition lors de l’Assemblée départementale du 27 avril 2026 illustrent cette tendance : la réduction drastique des aides accordées aux collectivités pour l’eau potable et l’assainissement, et l’imbroglio persistant autour de la vente du Fort Griffon.

L’eau : un désengagement non assumé et un site départemental trompeur

Le Département se présente comme un acteur clé sur la question de l’eau, mais en réalité, il en fait sa principale variable d’ajustement budgétaire. Les chiffres sont sans appel :

  • Les subventions au bloc communal pour les réseaux d’eau potable ou d’assainissement ont été divisées par trois, alors que les études scientifiques soulignent sur la nécessité d’augmenter les investissements pour améliorer la qualité des cours d’eau.
  • Le nouvel accord-cadre lié au 12ᵉ programme de l’Agence de l’eau prévoit une enveloppe départementale de 3,2 M€ par an, dont 2 M€ pour l’eau potable et l’assainissement, jusqu’en 2030. Un désengagement flagrant par rapport à l’accord précédent (2020-2024), qui prévoyait 7 M€ par an, dont 6 M€ pour l’eau potable et l’assainissement.
  • Un réseau de mesure de la qualité de l’eau en déclin : entre 2024 et 2025, de nombreuses stations de mesure ont disparu du site départemental de l’eau. Or, presque toutes signalaient un état médiocre ou mauvais. Résultat, la carte censé refléter l’état écologique des rivières, affiche 70,83 % de points verts en 2025, contre 30,59 % en 2024. Une présentation biaisée qui masque une réalité alarmante.
  • La pertinence même du classement en « bon état écologique » peut être remis en cause. Une rivière déclarée en bon état sur le papier, ne l’est pas forcément en réalité.
  • Une mise en demeure européenne : la France a été rappelée à l’ordre en mars 2026 pour son interprétation trop laxiste du « bon état écologique », omettant des indicateurs clés comme l’abondance des populations piscicoles.
  • Ainsi, et ce n’est qu’un exemple, le Cusancin est classé en bon état écologique sur le site départemental de l’eau. Qui oserait affirmer que c’est bien le cas ?

Le Fort Griffon : un manque d’entretien et une vente compliquée

Le dossier du Fort Griffon est emblématique de l’inaction coûteuse du Département :

  • Un patrimoine délaissé : propriétaire du site, la majorité départementale a annulé dès son arrivé au pouvoir en 2015 une ligne de 3 M€ prévue pour la réfection des remparts. Depuis, les investissements ont été minimaux : seulement 141 000 € de dépenses d’entretien entre 2018 et 2023 alors que le Département a l’obligation légale d’assurer la préservation de ce patrimoine classé à l’UNESCO.
  • Des coûts explosifs :
    • La réfection des remparts est maintenant estimée à 9.7 M€, alors que le Département l’estimait à 6.2 M€ en 2018. C’est une condition préalable à la vente. Qui paiera ?
    • Un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) est prévu en 2026 pour trouver un repreneur capable d’acquérir tout ou partie du site en l’état, puis d’en assurer la commercialisation.
    • La remise en état du site, hors remparts, est estimé à 13 M€, tandis que sa réhabilitation était évaluée à 35 M€ en 2019, un montant sujet à une très forte inflation. Qui paiera ?
    • Le site serait ensuite vendu, très probablement dans le cadre d’un partenariat public-privé. Qui paiera ? Qui bénéficiera de la plus-value ? Est-ce que la ville de Besançon, dont le nouveau maire avait fait de la valorisation de ce site le premier point de son volet attractivité, est intéressé ? Celui-ci étant absent au moment de cette discussion, aucun éclaircissement n’a pu être obtenu sur une opération qui semble déjà engagée et qui concerne au premier chef le département, vendeur.

Quoi qu’il en soit, nous demandons que l’accès public aux remparts, aux tours de garde et aux terrasses soit garanti, afin que chacun puisse profiter d’une des plus belles vues sur Besançon.

Une demande d’Autorité Organisatrice de l’Habitat (AOH) sans vision globale

Enfin, nous avons été surpris par la volonté du Département de solliciter l’État pour devenir Autorité Organisatrice de l’Habitat (AOH), sans y inclure les deux plus grandes agglomérations du territoire : Grand Besançon Métropole (GBM) et Pays de Montbéliard Agglomération (PMA). Quel sens donner à cette demande sans vision départementale ?

Ne nous y trompons pas : alors que l’innovation du Département en matière de logement s’est limitée à l’implantation de quelques Tiny Houses en réponse à la grave crise du logement que connaît le Haut-Doubs, il s’agit avant tout d’un rapport de force visant à faire pression sur le Gouvernement. Ce dernier a en effet déçu de nombreux élus locaux en ne tenant pas ses promesses de décentralisation.

Discours liminaire AD 27/04/26, par Raphaël Krucien

Madame la présidente, chers collègues,

Ces derniers mois, l’actualité internationale a largement occupé l’espace médiatique. Avec Donald Trump à la tête des États-Unis, c’est la planète entière qui se trouve bouleversée.

Impulsivité, colère perturbatrice, orgueil démesuré, mensonges éhontés, conflits d’intérêts flagrants, annonces et contre-annonces dénuées de sens, caprices pour un prix Nobel de la paix suivis du lancement d’opérations spéciales et d’une guerre majeure, en mépris du droit international reléguée au statut d’accessoire. Tel est le désolant spectacle d’une diplomatie amateur et dangereuse, qui ne respecte ni ses alliés ni les règles les plus élémentaires.

Le résultat est catastrophique pour la stabilité mondiale.

A chaque jour, presque à chaque heure, sa peine.

Saluons ici, la mémoire des trois soldats français morts en opération depuis le début de l’année, victimes, comme des milliers de civils, de la guerre qui embrase le Proche et le Moyen-Orient.

La liste des méfaits du trumpisme sur le monde, sur nos vies, serait trop longue à énumérer dans cette instance. Pourtant, nous en sommes directement concernés à plusieurs titres.

Le trumpisme, c’est aussi, et peut-être surtout, une méthode efficace pour s’emparer du pouvoir au mépris d’un débat politique et démocratique sain.

On y trouve le déni scientifique, avec des chercheurs accusés de partisanisme ;

Le recul environnemental, assumé au nom d’une vision passéiste et d’un modèle insoutenable ;

Le renversement des valeurs, qui constitue un non-sens historique ;

Les attaques contre la presse et les journalistes critiques, ainsi que la délégitimation systématique des opposants ;

La propagation de fausses informations dites « fake news » au service d’un discours idéologique inavoué.

À cela s’ajoutent la volonté de détruire les normes environnementales, le Code du travail, de vilipender, sous couvert d’efficacité, toutes les règles et lois qui, certes peuvent paraitre contraignantes, mais qui garantissent une protection collective et la défense de l’intérêt général contre l’arbitraire et l’injustice des intérêts privés.

Sans oublier les promesses irréalistes, non financées, vendues avec une assurance fausse et trompeuse, comme si tout pouvait être résolu d’un claquement de doigts.

Avec le trumpisme, on favorise et normalise l’arrivée de l’extrême droite dans les instances politiques, tout en banalisant, dans son sillon, les discours racistes.

Badinter appelait cela « la lepénisation des esprits ».

Tout cela bien emballé dans des propos creux, des slogans, des incantations et des réponses simplistes à des problèmes éminemment complexes.

Pourtant, la formule fonctionne : flatter un électorat réactionnaire avec des mesures démagogiques et populistes s’avère payant.

Y faire face n’est pas aisé, et il est important de le répéter après les coups de feu qui ont claqués ce week-end au gala de la presse à Washington en présence du Président américain, que la violence n’est jamais une solution.

Force est de constater que les forces politiques progressistes et humanistes, divisées et parfois opposées, peinent à convaincre, à susciter l’enthousiasme, voire à communiquer efficacement.

Elles doivent s’interroger sur leurs faiblesses, combler leurs lacunes et s’attacher à construire, rapidement, une offre politique attractive, capable d’empêcher notre pays de sombrer dans l’ère de la médiocrité érigée en force et de plonger dans des abîmes démocratiques et environnementales dont nous mettront du temps à sortir.

Il devient vital, pour nos enfants comme pour nous-mêmes, de dénoncer et de combattre les effets délétères de la contagion trumpienne sur le débat politique et public.

À très court terme et de manière plus terre à terre, le plus douloureux et le plus visible des effets de la politique étrangère américaine reste la hausse spectaculaire des prix du carburant.

Notre extrême dépendance aux énergies fossiles et à la voiture individuelle pose un problème à la fois économique, écologique et urbanistique.

Pourtant, et c’est un paradoxe, certains défendent encore des politiques publiques qui en favorisent l’usage au nom de la liberté. Ne serait-il pas plus judicieux de chercher à nous en émanciper ?

Cette question est intéressante si on peut se permettre le luxe de prendre un peu de hauteur, mais l’aménagement du territoire et des transports publics imposent l’usage de la voiture individuelle à la majorité d’entre nous.

Et pour l’heure, la guerre en Iran et ses conséquences sur le prix du baril de pétrole pèsent lourdement sur l’économie. Les entreprises en subissent les effets. Presque tous les foyers sont touchés.

Chacun constate, impuissant, que le passage à la pompe devient chaque jour plus douloureux.

C’est dans les zones périphériques, et plus encore dans les campagnes, que la situation devient dramatique. Les travailleurs précaires, les gros rouleurs, ont la désagréable sensation d’aller travailler pour payer le plein… et pouvoir y retourner le lendemain.

Comment les aider ?

Le gouvernement propose un versement unique de 50 € sous conditions. Est-ce suffisant ? Rien n’est moins sûr. Il propose aussi l’encadrement des marges des distributeurs, mais tout le monde sait bien que ce n’est pas là que sont les plus grosses marges, qui se trouvent plutôt chez les raffineurs avec leurs profits énormes en temps de guerre. Voilà sûrement une piste intéressante qui ne couterait rien à l’Etat et qui permettrait de vraiment faire baisser le prix des carburants pour tous les Français.

L’équilibre budgétaire, déjà précaire, des structures d’aide à domicile ou de protection de l’enfance est désormais totalement remis en cause par la hausse des prix de l’essence.

Nous sommes très inquiets quant à la capacité de nos partenaires à poursuivre, dans des conditions soutenables, les missions essentielles de solidarité qu’ils exercent pour le Département, sans aides supplémentaires.

Vous y répondrez tout à l’heure. Mon collègue Claude Dallavalle vous a adressé une question orale à ce propos, prévue par le règlement de notre Assemblée, avant cette session.

Ce sujet, comme beaucoup d’autres, soulève une interrogation cruciale : la question des moyens. Comment accompagner l’évolution des politiques publiques locales ?

Toujours plus de compétences déléguées par l’État, toujours plus de responsabilités, toujours plus de besoins… mais avec toujours moins de leviers fiscaux et toujours moins de dotations budgétaires.

Cette équation est impossible à résoudre sans évolutions majeures.

Il est illusoire de prétendre que l’on peut faire mieux avec moins. Bien sûr, des marges de manœuvre existent, mais affirmer qu’elles suffisent à éviter une dégradation de l’action publique et du service rendu aux citoyens relève du mensonge.

Nous en aurons d’ailleurs l’illustration lors de cette Assemblée, avec l’épineuse question du financement des SDIS.

Nous verrons peut-être aussi apparaitre dans les prochains mois un nouveau dossier, suite au décret paru ce week-end qui instaure un nécessaire parcours de soins pour les enfants de l’Aide sociale à l’enfance, pris en charge par la sécurité sociale et coordonné par les départements.

Alors, quelles solutions ?

Il n’y en a pas beaucoup. Deux, en réalité, qui peuvent d’ailleurs se compléter.

La première consiste à réduire les dépenses ou les missions de l’Etat et des collectivités. Mais à quel prix ? Moins de solidarité ? Moins de moyens pour la santé ? Pour les retraites ? Pour la rénovation énergétique ? Pour les transports ? Pour l’école ? Moins pour quoi ? Moins pour qui ?

Pour supprimer toutes les agences ? Même celle sur l’eau ? Sur la sûreté du nucléaire ?

La seconde solution, bien sûr, est de dégager davantage de recettes publiques. Pour la gauche, cela passe par une contribution accrue des grandes fortunes, des profits des grandes entreprises, et par la limitation des possibilités d’optimisation fiscale. Aucun sacrifice ne peut être exigé des citoyens sans davantage de justice sociale, de justice fiscale.

Cela nous semble un préalable indispensable et c’est pour cela que nous insistons tant sur les critiques que nous vous adressons sur votre politique économique sans ciblage et sans vision économique territoriale et qui conduit, en plus, à subventionner le patrimoine privé de chefs d’entreprises via leurs SCI qui auront tout loisir de profiter des généreux mécanismes d’optimisation fiscale.

Vous demandez ici, comme nous, un soutien plus fort de l’État.

Sur ce point, nous sommes d’accord. Mais nous n’avons toujours pas compris comment vous comptez traduire cette exigence au niveau national où vos représentants réclament moins d’Etat et moins de services publics.

Alors nous sommes à votre écoute. Que préconisez-vous pour que l’État puisse dégager les moyens que vous appelez de vos vœux ? Quelle articulation envisagez-vous entre vos positions locales et nationales antagonistes ?

À cet égard, vous avez dû être déçu par le projet de loi censé traduire le grand acte de décentralisation promis aux élus locaux par le Premier ministre.

Le texte devait clarifier les compétences de chacun pour éviter la dilution des responsabilités, identifier l’échelon le plus pertinent pour répondre aux besoins des citoyens, et en tirer les conséquences en matière de compétences et de financement.

Le résultat est plus que décevant : le projet de loi semble se contenter d’accroître encore le rôle des préfets.

Est-ce pour cela que vous souhaitez demander à l’Etat, dans le rapport 101, de devenir le premier Département Autorité organisatrice de l’habitat ? Est-ce un rapport pour exercer une pression sur le Gouvernement afin de tenter d’accélérer et d’engager concrètement le processus de décentralisation ?

Ici en local, on vous entend dire depuis votre tribune que vos rapports son magnifiques, que nos décisions améliorent le quotidien, que vos politiques sont « cousues main ». Mais la réalité, c’est que la perception et le vécu des citoyens est aux antipodes de ce lexique de communication.

Soyons dignes de nos mandats, et disons les choses comme elles sont : nous n’avons plus les moyens pour répondre aux besoins de nos concitoyens et nous devons trouver les solutions pour y remédier.

Mais l’avenir se construit aujourd’hui. Il sera tourné vers les transitions environnementales, et nos économies devront s’y adapter. Soit on anticipe, on accepte et on s’adapte, soit on subit. Et pour réussir ce défi, c’est la coopération, l’empathie et la science qui doivent triompher du capitalisme sauvage et des politiques d’apparences.

Nul doute que ce temps est arrivé ou arrivera rapidement.

Merci de votre attention.

« Le Doubs investit » ou comment la politique économique départementale profite surtout aux patrimoines privés

La majorité a présenté un premier bilan de sa politique économique devant un parterre de bénéficiaires et d’élus, mais en l’absence notable de la presse. L’occasion de mettre en avant des témoignages individuels pour promouvoir l’opération « Le Doubs investit ». Pourtant, derrière les discours, il s’agit d’une politique de subventions qui, loin de soutenir massivement l’économie locale, semble en grande partie alimenter des stratégies patrimoniales privées.

Alors que la communication met en avant le soutien au commerce de proximité, les chiffres révèlent une tout autre réalité : moins de 10 % des aides du dispositif sont consacrées aux commerces en milieu rural. En trois ans, seulement 8 projets ont été soutenus, pour un montant total de 213 000 €. Le soutien à la requalification des Zones d’Activités Economiques (ZAE) est encore plus marginal, avec 3 projets soutenus pour 122.000 €.

L’essentiel des fonds publics, 2,1 M€, dont 1,8 M€ issus du budget départemental, a été fléché vers l’aide à l’immobilier d’entreprise. Sur 65 projets aidés, 28 subventions ont été versées… non pas aux entreprises elles-mêmes, mais à des SCI détenues par les chefs d’entreprise. Résultat : 830 000 € d’argent public ont directement servi à enrichir le patrimoine personnel de dirigeants, soit 45 % du total des aides départementales. Une pratique qui soulève de sérieuses questions sur l’usage de l’argent public.

Pour désamorcer les critiques, un intervenant présent lors de la table ronde a balayé les inquiétudes d’un revers de main, dénigrant l’exclusion des SCI des aides régionales, accusant les élus sceptiques de méconnaître les rouages économiques et de s’enfermer dans des fantasmes. Une prise de position qui mérite d’être examinée à la lumière des faits.

Nous avons établi qu’il était possible de percevoir plusieurs millions de dividendes de sa société tout en bénéficiant de 55 000 € de subventions au titre de l’immobilier d’entreprise versées sur le compte d’une SCI familiale afin de bénéficier d’une fiscalité avantageuse sur les droits de succession.

Si ce type de montage respecte le cadre légal, il pose la question de sa cohérence avec l’objectif premier des aides publiques : soutenir l’activité économique et l’emploi local plutôt que des stratégies patrimoniales individuelles.

Le soutien des collectivités au monde économique est légitime, mais il doit s’exercer avec rigueur, transparence et stratégie. Or, force est de constater que les aides départementales sont distribuées sans contrôle, sans contrepartie, sans ciblage et sans vision économique territoriale claire.

Pire, alors que le Conseil départemental, chef de file des solidarités, peine déjà à assurer ses missions obligatoires, les priorités affichées, comme l’orientation des bénéficiaires du RSA ou le soutien aux aidants, ont tout simplement été ignorées lors de cette cérémonie.

Face à ces dérives, il est temps de repenser en profondeur l’utilisation de l’argent public. Les subventions doivent soutenir en priorité l’activité économique réelle, les commerces de proximité, artisans, TPE, etc. Le Département, qui a refusé notre mission d’information et d’évaluation de cette politique, doit rendre des comptes sur l’efficacité de ces dispositifs et garantir que chaque euro dépensé profite bien à l’intérêt général.

Un budget 2026 de récession pour le Département du Doubs

La majorité n’ose pas l’assumer, mais le budget 2026 du Département du Doubs est bien un budget de récession. Les dépenses de fonctionnement sont en quasi-stagnation et n’évoluent que de 0,3 % par rapport au montant voté en 2025. En prenant en compte une inflation de 1,3 %, comme le prévoit le Département, les dépenses de fonctionnement sont en baisse.

Pour masquer cette réalité, la majorité a changé sa méthode de comparaison. Au lieu de se baser sur le budget voté, elle utilise pour la première fois le compte administratif projeté, c’est-à-dire l’estimation précise des dépenses effectivement réalisées à quelques jours de la fin de l’année. Et, surprise ou magie, cette fois, les dépenses de fonctionnement apparaissent en hausse artificielle de 3,1 %.

Cette manipulation soulève des questions sur la gestion financière du Département en 2025. Le compte administratif projeté est largement inférieur au budget voté. Plus étonnant encore, il est même inférieur au budget primitif 2025, malgré les rallonges budgétaires votées. S’il est normal de ne pas mobiliser entièrement un budget prévisionnel, la différence est cette année beaucoup trop importante pour être liée aux aléas courants.

Cela pose un sérieux problème de transparence : soit les budgets supplémentaires votés en 2025 n’ont pas servi, soit les baisses de budget connues n’ont pas été intégrées aux décisions modificatives. La première hypothèse est peu probable, car sur 11,7 M€ de rallonges diverses, presque 7 M€ concernent les dépenses de RSA, largement sous-évaluées.

Au total, en additionnant les rallonges budgétaires avec la différence de 15,3 M€ entre le compte administratif 2025 projeté et le budget voté 2025, nous arrivons à 27 M€ de dépenses votées dans le budget qui n’ont pas été affectées. Quand la Présidente affirme qu’il faut maîtriser les dépenses, « parce que la rigueur, c’est la liberté d’agir », nous avons l’impression d’être dans un mauvais rêve et nous aimerions savoir comment cette liberté s’est exercée.

Quelles politiques ont fait les frais de ces économies cachées ? Pourquoi n’ont-elles pas été intégrées à la dernière modification budgétaire votée il y a un mois, qui n’intégrait que des hausses ?

La prévention fait les frais de cette rigueur budgétaire, avec une baisse du soutien aux relais parentaux et à la prévention spécialisée. La politique de l’eau en subit également les conséquences. Bon nombre de politiques font les frais de cette rigueur budgétaire.

Nous avons appris une nouvelle inquiétante lors de cette Assemblée. Pour la première fois, faute de ressources suffisantes et dans l’attente de la loi de finances, la Présidente admet être dans l’incapacité de savoir si elle sera en mesure de rénover un autre collège après celui de Sancey. Si le Département avait suivi son plan de rénovation sans procrastiner pour privilégier d’autres investissements, 7 à 8 collèges auraient dû être rénovés à la rentrée 2028. Au final, nous n’en aurons sûrement qu’un, deux tout au mieux…

La majorité a aussi refusé notre demande de mission d’information sur la politique d’aide économique. Dans un contexte de contrainte budgétaire, le Département avait fait le choix de consacrer 3,7 M€ sur 3 ans à cette politique optionnelle. Alors que c’en était la justification principale, seulement 8,5 % du budget a été consacré au maintien des services en milieu rural, avec seulement 7 dossiers.

L’essentiel du budget est consacré à l’immobilier d’entreprise, avec 64 projets soutenus. On peine à comprendre pourquoi telle entreprise a été aidée et pas une autre, pourquoi on aide une entreprise qui verse plus d’un million d’euros de dividendes à son actionnaire unique, ou encore celle d’un agent immobilier du Haut-Doubs pour qu’il achète un local. C’est sur l’essentiel de ces aides que la question de la pertinence du soutien départemental est posée.

Pire, sur 64 subventions versées, 28 l’ont été non pas à des entreprises, mais à des SCI détenues par leurs dirigeants. Non seulement le Département n’a pas les moyens de mener une politique sérieuse de soutien économique à la hauteur des besoins de notre Département en proie à une désindustrialisation, mais en plus, il finance le patrimoine privé des entrepreneurs en subventionnant leurs SCI. La raison, connue, a été avouée en Assemblée par la majorité : il est plus facile de transmettre le capital d’une SCI que celui d’une société.

La politique de soutien économique du Département est non seulement inefficace, mais elle contribue directement à la course à l’optimisation fiscale. À l’heure où l’on se plaint du manque de ressources publiques, alors que le Département peine à assurer l’exercice de ses compétences obligatoires, c’est un terrible symbole.

Face aux urgences culturelles et sociales, le Département doit agir



La Saline Royale a annoncé hier, pendant l’Assemblée départementale, deux concerts fin juillet avec Gims et Sting. Avec ces méga-événements à plus de 2,3 M€, soit quasiment le budget annuel de la Rodia, l’établissement confirme sa volonté de devenir un acteur majeur des musiques actuelles.

Cette montée en puissance pose toutefois la question de la concurrence avec les salles du territoire et intervient, ironie du sort, le même week-end que celui de l’ultime édition du festival de la Paille qui a annoncé sa fin après avoir dénoncé la pression des grands producteurs sur les initiatives associatives.

Si cette stratégie permettra sans doute à l’EPCC de renforcer ses recettes et, espérons-le, de réduire les subventions qui lui sont versées, les moyens ainsi libérés devront permettre au Département d’accompagner davantage la scène culturelle locale dans toute sa diversité.

Dans un tout autre domaine, nous exprimons notre stupéfaction face à la persistance de la vice-présidente chargée de l’Enfance à nier la pénurie d’assistants familiaux dans le Doubs, alors même que la justice tire la sonnette d’alarme. Cette situation met en danger la prise en charge des enfants confiés et appelle à un sursaut de responsabilité.

Deux motions étaient également débattues aujourd’hui. L’une de la majorité, dénonçant le désengagement de l’État envers le monde associatif, que nous avons évidemment soutenue.

Nous avons voté à l’unanimité une provision financière en faveur de la filière lait cru pour soutenir les agriculteurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse. Notre motion propose le même dispositif pour soutenir les associations des secteurs social et médico-social, qui font face aujourd’hui à de graves difficultés.

Ces structures sont nos partenaires essentiels de la collectivité cheffe de file des solidarités. Nous ne pouvons pas laisser ces structures s’effondrer dans le silence. Elles exercent à nos côtés les missions liées à nos champs de compétences propres, que ce soit sur la protection de l’enfance, l’insertion, le handicap, l’autonomie, le maintien à domicile.

Sans débat, la majorité vote contre notre proposition. C’est un signal très inquiétant pour nos partenaires et montre bien, qu’au-delà des discours, la majorité démontre bien le sens de ses priorités.

Enfin, dans le cadre des orientations budgétaires 2026, nous portons une proposition forte : conditionner les aides à l’investissement aux commues, le programme P@C 25, à des critères environnementaux, sociaux et à la situation financière des collectivités.

Il n’est plus acceptable d’accompagner de la même manière des projets qui préparent l’avenir et ceux qui n’y contribuent pas, ni de traiter de façon identique des communes très favorisées et d’autres bien plus fragiles, alors que les Départements sont aujourd’hui la strate la plus en difficulté.