Pendant neuf mois, le Département a interrogé les jeunes du Doubs. 4 385 ont rempli le questionnaire, 616 sont venus aux ateliers. Les services ont fourni un travail considérable avec cette enquête CAP Jeunesses, mais cela ne doit pas faire oublier ce que ce bilan laisse de côté et ce que la majorité fait dire aux jeunes alors qu’ils ne l’ont pas dit.
Le moment n’a rien d’anodin. Dans un mouvement lycéen massif, les jeunes s’interrogent sur leur avenir et réclament des professeurs dans chaque classe, des bâtiments rénovés, plus de personnels de santé et d’orientation, une réforme de Parcoursup. Et ils répètent une chose : on nous demande notre avis, puis on n’en fait rien. C’est exactement ce qui semble se produire avec CAP Jeunesses.
Une restitution incomplète
Le questionnaire était riche. La restitution l’est beaucoup moins. Plusieurs questions n’ont tout simplement pas été publiées, à commencer par la plus directe : « Qu’aimerais-tu que le Département fasse pour les jeunes ? ». Manquent aussi par exemple la grille sur la santé et le harcèlement ainsi que la restitution de comment ils aimeraient voir le Doubs dans dix ans. Ces réponses essentielles n’ont pas été publiées.
Le rapport insiste sur les « jeunesses au pluriel ». Il ne croise pourtant les résultats que par genre, uniquement sur quatre questions sur plus de 65, et entre rural et urbain, sur une seule. Rien selon l’âge, rien selon qu’on soit collégien, lycéen ou apprenti, alors que ces informations ont été collectées. Comment alors caractériser et identifier les différences entre les jeunesses et apporter des réponses appropriées sans cette analyse ?
Le silence le plus lourd concerne les jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance. C’est la seule politique jeunesse qui soit une compétence obligatoire du Département : nous en sommes responsables. Le questionnaire demandait aux jeunes s’ils vivaient en foyer ou en famille d’accueil. Leurs réponses ne sont exploitées nulle part.
Des conclusions que les chiffres ne disent pas
Quand on ne publie pas toutes les données, on finit par écrire ce que l’on souhaite lire. Et malheureusement, le rapport en donne plusieurs exemples.
Il affirme que l’engagement est « une aspiration forte des jeunes ». Nous pouvons nous en désoler, mais les chiffres mêmes du questionnaire montrent l’inverse : s’engager dans une association arrive en dernier de leurs activités de temps libre, à 2 %, et parmi ceux qui ne s’engagent pas, 30 % n’en ont « simplement pas envie ».
Il écrit que les jeunes « savent vers qui se tourner en cas de difficulté », sans publier la question qui permettrait de le vérifier. Et il juge les transports scolaires « globalement perçus comme satisfaisants », alors que le questionnaire n’a jamais posé la question.
Ce que les jeunes disent vraiment
Ce que les jeunes expriment clairement, en revanche, est à peine traité. Le bien-être arrive en tête de leurs préoccupations, à 72 %, vingt-deux points devant le reste. Les filles vont nettement moins bien : 18 % disent ne pas aller bien, contre 8 % des garçons, et 17 % sont inquiètes pour l’avenir, contre 8 %. La pression scolaire revient partout : les notes, les contrôles, l’orientation, le brevet.
Sur l’état de leurs collèges, les jeunes sont plutôt satisfaits, à une exception près : les toilettes. Près d’un tiers des avis exprimés sont négatifs, trois à quatre fois plus que sur tout le reste. Avec l’organisation du temps scolaire, qui ne relève pas des compétences départementales, c’est le seul sujet de mécontentement massif de toute la consultation. Pourtant, le rapport n’en dit pas un mot. Certes, la question des toilettes est difficile à traiter et souvent liée à des incivilités, mais passer sous silence une préoccupation aussi essentielle pour les jeunes scolarisés, sans y apporter la moindre réponse, constitue une véritable lacune.
Les lycéens dans la rue réclament des bâtiments dignes. Dans le Doubs, le programme de rénovation des collèges a pris du retard : 14 collèges devaient être rénovés d’ici 2031, mais au rythme actuel il n’y en aura que 5.
Et maintenant ?
Nous avons demandé en séance que l’ensemble des données soit publié en source ouverte : le fichier anonymisé et toutes les questions jamais restituées. Ces réponses appartiennent aux jeunes qui les ont données, pas à la majorité. Elle s’est engagée à les fournir, nous y veillerons.
En adoptant les engagements de l’ANACEJ, le Département s’oblige à dire aux jeunes ce qu’il décide et pourquoi, à associer tous les acteurs du territoire, et à mesurer l’effet de ses politiques sur eux. Nous lui demanderons des comptes sur chacun de ces points.
Il y a urgence : le rapport ne contient que deux mesures hypothétiques. La première, le portage de l’« Heure civique collégienne », est précisément celle que les chiffres de la consultation soutiennent le moins. La seconde est une aide à l’accès aux activités et aux loisirs. Elle a déjà existé : c’était le Doubs Pass Sport, 50 € par jeune bénéficiaire de l’allocation de rentrée scolaire, que cette même majorité a supprimé en 2022. La majorité annonce aujourd’hui son possible rétablissement à l’automne 2027, soit quelques mois avant les élections départementales.
Les jeunes du Doubs ont joué le jeu. Ils ont répondu, ils sont venus, ils ont parlé. Comme ceux qui manifestent depuis plus d’un mois, ils attendent maintenant qu’on les entende.
Colère légitime, casse indéfendable
Que retiendra-t-on du 17 octobre 2026 ? Une journée historique, où entre 550 000 et 800 000 personnes ont défilé partout en France contre la vie chère, pour le pouvoir d’achat, l’éducation et les services publics ? Ou les images de violences ?
La casse est indéfendable, cette colère est légitime. C’est celle des familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, des lycéens, des étudiants et des jeunes inquiets pour leur avenir, des travailleurs épuisés par la hausse des prix et l’injustice fiscale. Ce sont des Françaises et des Français qui demandent simplement à être entendus, et qui ne le sont pas.
Ces revendications sont justes, et le pouvoir doit y apporter une issue politique. Elles risquent pourtant d’être éclipsées par les scènes de violences et de pillages, et par la destruction d’emblèmes de la République : l’incendie de la mairie de Limoges et d’une résidence préfectorale, le buste de Marianne détruit à l’hôtel de ville de Marseille.
Comment ne pas être choqué de voir de soi-disant manifestants s’en prendre aux véhicules des pompiers ? Des commerçants qui tentaient de défendre leur boutique agressés, puis pillés ? Ce sont, hélas, ces images que beaucoup retiendront, plutôt que celles des centaines de milliers de manifestants qui ont défilé dans le calme et, souvent, dans un esprit festif.
Les casseurs n’ont rien à voir avec ce mouvement social et doivent répondre de leurs actes devant la justice. Aucune cause ne justifie de saccager le bien d’autrui ni de mettre en danger celles et ceux qui nous protègent.
Ne cherchons pas pour autant à désigner des coupables : ni tel parti, ni ceux que l’on accuse d’enflammer les foules, ni ceux qui semblent ne rien faire. C’est indigne. Ce qui se passe est une faute collective : les responsables n’ont pas su voir le malaise profond de ceux qui se sentent abandonnés. À six mois de l’élection présidentielle, instrumentaliser la détresse des Français est une insulte ajoutée à leur misère.
La réponse n’est ni dans la casse ni dans la récupération. Elle est dans la responsabilité : l’écoute mutuelle et le dialogue entre l’État, les élus, les syndicats et les citoyens. Inventons des instances de concertation où la parole des Françaises et des Français soit non seulement entendue, mais prise en compte.
Il faut sauver notre République, une République où l’on peut manifester sans crainte, débattre sans animosité, où chacun a sa place et se sent heureux de vivre. Cela suppose de retrouver des temps d’échange où chacun peut s’exprimer librement et proposer des solutions durables. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais des engagements forts sont nécessaires, assortis d’un calendrier, pour prouver qu’ils sont tenus.
Aide à domicile dans le Doubs : huit ans de recul
La majorité a présenté une enquête auprès des professionnels de l’aide à domicile et un plan d’actions qui laisse de côté l’essentiel : les salaires et les conditions de travail.
Depuis huit ans, l’aide à domicile recule dans le Doubs, et ce recul est massif. Entre 2017 et 2025, les heures d’intervention réalisées par les partenaires du département ont baissé de 35 %, et le nombre de bénéficiaires de l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie) à domicile ont baissé de 21 %. Sur la même période, le nombre de Doubiennes et de Doubiens de plus de 75 ans a augmenté de 22 %.
Concrètement, il y a davantage de personnes âgées, mais moins de bénéficiaires accompagnés. Et les heures d’intervention ont reculé encore plus vite que le nombre de bénéficiaires.
Dans le même temps, la dépendance des personnes aidées s’alourdit. Les plus dépendantes, classées de GIR 1 à GIR 3, représentent 46 % des bénéficiaires en 2025. Pour elles, les interventions sont quotidiennes, aux heures les plus contraintes : le lever, les repas, le coucher.
« On vieillit mieux » : une hypothèse sans chiffres
Pour le vice-président chargé de l’autonomie, le nombre de personnes dépendantes n’augmenterait pas, parce que l’on vieillirait mieux. C’est une hypothèse commode, mais aucun chiffre ne permet à ce jour de la vérifier.
Prenons-la au sérieux. Rapporté au nombre de plus de 75 ans, le nombre de bénéficiaires de l’APA à domicile a reculé d’environ un tiers en huit ans. Pour que ce recul s’explique par un meilleur vieillissement, il faudrait que la dépendance ait reculé d’autant. Aucune donnée présentée aux élus ne le montre.
Les besoins sont là, ce sont les bras qui manquent
Ce que montre en revanche les chiffres disponibles, c’est qu’une partie des plans d’aide ne sont pas réalisées. Les SAAD (Service d’Aide et d’Accompagnement à Domicile) ont réalisé 84 % des heures prescrites par les équipes du département en 2023, 80 % en 2024 et 82 % en 2025. Près d’une heure sur cinq n’est donc pas effectuée.
Selon nos calculs, cela représente entre 170 000 et 217 000 heures par an, soit le travail d’au moins 130 à 165 aides à domicile. Toutes ces heures ne sont pas perdues faute de personnel : il y a des hospitalisations, des refus. Mais en 2024, le nombre de bénéficiaires était au plus haut des trois dernières années, et les heures réalisées ont pourtant reculé de 3,4 %. Ce n’est pas la demande qui a baissé, c’est la capacité à y répondre.
Le Doubs cumule deux difficultés : une géographie rurale qui allonge les trajets, et l’attraction de la Suisse sur les salariés, que l’étude évoque elle-même. Pourtant, ni l’étude ni le plan ne proposent de lecture par territoire. La bande frontalière, le Haut-Doubs rural et l’agglomération n’ont pas les mêmes problèmes.
Un métier qui abîme et qui paie mal
Le plan parle d’attractivité. Mais avant d’attirer, il faut retenir. Rien n’est dit du turnover ni de l’absentéisme, et l’étude n’a interrogé que les personnes en poste. Parmi elles, seules 8 % des aides à domicile de moins de 30 ans n’envisagent pas de changer de métier.
Selon les données nationales, les accidents du travail sont trois fois plus fréquents dans l’aide à domicile qu’en moyenne, et plus fréquents que dans le BTP. Dans le Doubs, les intervenantes citent d’abord les logements insalubres ou inadaptés, et des pathologies face auxquelles elles se sentent démunies. Face aux situations difficiles, 43 % demandent à pouvoir intervenir en binôme. Le plan ne le prévoit pas.
71 % des aides à domicile travaillent à temps partiel. Environ la moitié gagne moins de 1 200 euros nets par mois, et 58 % déclarent des fins de mois difficiles. Le métier est féminin à 94 % et, comme trop de métiers féminisés du soin, sous-payé. L’étude préconisait d’ouvrir davantage le métier aux hommes : le recrutement masculin a disparu du plan d’actions. Le salaire est la première amélioration demandée, par 78 % des répondants.
Le rapport renvoie la politique salariale aux SAAD, « en tant qu’employeurs ». C’est formellement exact. Mais c’est le Département qui fixe le tarif horaire des services conventionnés et verse les dotations. Le rapport ne dit rien de ce tarif. À l’inverse, la communication occupe une large place dans le plan, alors que les aides à domicile ne la placent qu’en onzième position de leurs priorités.
Quand les services conventionnés n’ont plus de bras, les familles se tournent vers l’emploi direct. En trois ans, sa part est passée de 18,2 % à 21,9 % des bénéficiaires, soit plus d’un sur cinq. Ce sont des heures encore plus morcelées, sans relais, sans formation, sans médecine du travail. Cet emploi direct est entièrement hors du champ de l’étude et du plan.
Déplacements : une décision qui appartient au Département
Trois aides à domicile sur quatre utilisent leur voiture personnelle. Le fonds Mobilité de la CNSA, 594 550 euros sur 2025 et 2026, a permis l’achat de 42 véhicules. Ces voitures restent peu attractives, car elles réduisent la liberté d’usage. Et rien n’est prévu après 2026.
Pour celles qui roulent avec leur propre véhicule, la participation aux frais de carburant reste faible, l’entretien est mal pris en charge et l’assurance pose question pour le transport de personnes. Or le gazole est passé d’environ 1,82 euro le litre en février à 2,40 euros fin septembre. Le Département verse déjà des indemnités kilométriques aux services conventionnés : il peut les revaloriser. Les aides à domicile restent profondément attachées à leur métier. Leurs difficultés tiennent aux conditions dans lesquelles elles l’exercent, et c’est sur ces conditions qu’il faut agir. Il n’est plus acceptable de faire reposer une politique de solidarité sur l’abnégation de centaines de femmes maintenues dans la précarité.
Collèges et canicule : le Département répond aux jeunes par des intentions sans contenu
Le Département a présenté devant l’Assemblée et la presse un rapport sur l’adaptation des collèges aux épisodes de fortes chaleurs. Il n’engage pas un euro : ni calendrier, ni modification du plan d’investissement. Seule est évoquée une vague enveloppe « petits équipements » envisagée au budget prévisionnel 2027, dont on ne connaît ni le montant, ni les critères de répartition, ni ce qu’elle est censée couvrir exactement. Alors même que lycéens et collégiens se mobilisent pour réclamer des moyens humains et des locaux en bon état et adaptés à la chaleur, ce rapport est l’illustration que leur voix n’est pas entendue.
Un retard qui s’accumule depuis 2015
Après les canicules de mai, après celles de juin qui ont mis en difficulté la tenue des épreuves du brevet, après les grandes chaleurs de septembre, la majorité départementale avait la responsabilité de présenter un changement concret.
Elle partait de loin : la rénovation des collèges a été retardée dès 2015, et il a fallu attendre 2023, deux ans après le début du deuxième mandat, pour qu’un programme de 35 M€ soit enfin décidé. Or ce programme, censé combler le retard, est lui-même en retard. Pendant que les dossiers prêts dormaient dans un tiroir, l’inflation effectuait son travail, et ce retard aura un coût pour le contribuable.
Les travaux déjà décidés et budgétés feront-ils l’objet d’un avenant pour intégrer l’adaptation des collèges aux fortes chaleurs, seule raison d’être de ce rapport ? Quel complément budgétaire a été prévu sur ce volet ? Les études de végétalisation des cours présentées se traduiront-elles sur le terrain ? Nous n’en savons rien : la majorité ne fournit aucune réponse et se contente de son effet d’annonce vide.
Que va faire le Département ?
La question est simple : que va faire le Département ? Demander aux collèges de décaler leurs horaires pour commencer les cours à 6 h, comme cela a été évoqué en commission ? Ou presque rien, comme le laisse entendre la Présidente ? Celle-ci minimise en effet les chantiers à réaliser, en affirmant que dans cinq ans il y aura 4 000 collégiens de moins et que l’on se demandera alors quoi faire de nos bâtiments.
Le Département demande aux chefs d’établissement d’élaborer un « plan de continuité d’activité », qu’il lie aux dotations de fonctionnement des collèges, et aux enseignants de changer de salle ou d’horaires. En somme, la majorité veut calquer sur les collèges le modèle qu’elle a expérimenté dans ses propres services.
Ce discours sidère. Un collège ne décale pas ses classes comme on décale un service administratif. Comment faire dans un établissement plein, qui n’a plus de salles disponibles, ni de salle à l’ombre et au nord ? À quelle heure les enfants prendraient le bus ? Le Département n’en a de toute façon pas la maîtrise : les transports scolaires sont une compétence régionale. Et si c’était possible, les familles serviraient le petit déjeuner avant 5 h ? Et l’après-midi, que se passe-t-il : on instaure un périscolaire ? Il faut revenir à la réalité.
Ce n’est pas une politique patrimoniale : c’est un désengagement déguisé en responsabilisation partagée, où chacun doit faire sa part, sauf le Département.
Une réhabilitation lourde ne se fait pas d’un coup de baguette magique, et nous saluons le travail des équipes de la direction du patrimoine, qui proposent des projets prenant en compte les impératifs du changement climatique. Mais il fallait profiter de l’été pour effectuer en urgence les petites réparations et installer des protections solaires : films, stores, brise-soleil. Ce travail n’est même pas encore programmé.
Un écho dans la mobilisation des lycéens
Cette impatience face à l’inaction n’est pas seulement celle des élus. Lycéens et collégiens se mobilisent à leur tour pour réclamer des moyens humains, le remplacement des professeurs absents, des locaux en bon état et adaptés à la chaleur, et une organisation du rythme scolaire plus juste. Leur colère fait écho, mot pour mot, à ce que révélait le plan Cap Jeunesses : l’organisation du rythme scolaire était le premier motif d’insatisfaction des jeunes interrogés. Ce sont ces mêmes jeunes qui, en juin, ont peiné à passer les épreuves du brevet dans des salles surchauffées.
Quand la majorité leur répond qu’il suffirait de décaler les horaires à 6 h, elle confirme qu’elle n’écoute ni les jeunes ni les équipes éducatives. Notre message est simple : écoutez les jeunes et les enseignants. Demandez-leur comment ils ressentent les choses, où il fait le plus chaud, où cela reste supportable, ce qu’ils aimeraient. N’imposez pas vos solutions, ou vos absences de solutions, comme une évidence qui ne l’est pas.
Des annonces flatteuses, des engagements non tenus
Protection de l’enfance, aide à domicile, collèges, jeunesse. Le constat est le même à chaque fois : l’affichage est flatteur, mais les chiffres disent autre chose, et aucun de ces rapports soumis au vote de l’Assemblée départementale ce 28 septembre ne contient d’engagement financier à la hauteur.
Protection de l’enfance : un bilan étonnamment qualifié de « très satisfaisant »
Nous avons lu ligne à ligne le tableau de suivi des mesures du plan 2024-2027 et des préconisations de la mission d’information et d’évaluation (MIE) sur la protection de l’enfance. Il en ressort que seul un quart à un tiers de ces mesures sont réellement réalisées. Plusieurs mesures sont classées « réalisées » alors qu’il s’agit en fait d’abandons, comme la structure expérimentale votée en mars 2024. Quant à la pouponnière décidée à la même date, elle est renvoyée à une simple étude d’opportunité.
Le rapport met en avant une baisse du nombre d’enfants confiés. Elle vient surtout d’un changement de catégorie : les placements à domicile sont devenus des mesures d’AEMO renforcée. Si l’on additionne les deux, le total progresse de 0,5 %. Pendant ce temps, les informations préoccupantes ont augmenté de 10,8 % en un an.
La prévention obéit au même procédé. L’exécutif affiche un budget passé de 9,3 à 17,8 millions d’euros, mais il y range l’AEMO et l’AEMO renforcée, qui sont des mesures ordonnées par un juge. La véritable prévention recule : il y avait 265 Aide éducative à domicile (AED) en cours au 31 décembre dernier. Il y en a 203 au 30 juin. Soixante-deux de moins, soit une baisse de 39 %.
Au 30 juin, 118 décisions de justice n’étaient pas exécutées, un total qui n’apparaît nulle part en tant que tel dans le rapport. Enfin, la loi impose un projet pour l’enfant pour chaque enfant confié. Seuls 21,8 % en avaient un en 2024, et l’objectif fixé pour fin 2026 n’est que de 50 %.
Aide à domicile : les besoins sont évalués, mais le personnel manque
Depuis huit ans, l’aide à domicile recule dans le Doubs, et ce recul est massif. Entre 2017 et 2025, les heures d’intervention réalisées par les services conventionnés ont baissé de 35 %, et le nombre de bénéficiaires de l’APA à domicile de 21 %. Sur la même période, le nombre de Doubiennes et de Doubiens de plus de 75 ans a augmenté de 22 %. Pour le vice-président chargé de l’autonomie, le nombre de personnes dépendantes n’augmenterait pas, parce que l’on vieillirait mieux. C’est une hypothèse commode, mais aucun chiffre ne permet à ce jour de la vérifier.
Ce ne sont pas les besoins qui manquent, ce sont les bras. Près d’une heure d’aide prescrite sur cinq n’est pas réalisée. Cela représente 170 000 à 217 000 heures par an, soit l’équivalent d’au moins 130 aides à domicile. Le métier est féminin à 94 %, 71 % des salariées sont à temps partiel et environ la moitié gagne moins de 1 200 € nets par mois. Le plan renvoie la question des salaires aux employeurs, alors que c’est le Département qui fixe le tarif horaire des services conventionnés.
Collèges et canicule : un plan sans budget
La chaleur a perturbé le brevet, pourtant le rapport ne prévoit ni budget, ni calendrier, ni modification du plan d’investissement. Le programme de rénovation avait déjà été sciemment retardé, et il prend encore du retard aujourd’hui. À Seloncourt, par exemple, 18 mois se sont écoulés entre un dossier prêt et le lancement de l’appel d’offres. Les protections solaires, qui sont le moyen le plus efficace de limiter la chaleur, ne sont pas garanties.
Que va faire le Département ? Demander aux collèges de décaler leurs horaires pour commencer les cours à 6 h, comme cela a été évoqué en commission ? Ou presque rien, comme le laisse entendre la Présidente ? Celle-ci minimise les chantiers à réaliser en affirmant que, dans cinq ans, il y aura 4 000 collégiens de moins et que l’on se demandera alors quoi faire de nos bâtiments.
CAP Jeunesses : les jeunes ont été consultés, leurs réponses ne sont pas toutes publiées
L’ampleur de la consultation est à saluer : rarement autant de jeunes du Doubs auront été interrogés sur leur vie et leur avenir. Mais le rapport n’exploite qu’une partie de leurs réponses. Il ignore des écarts marqués entre filles et garçons : par exemple, 18 % des filles disent ne pas aller bien, contre 8 % des garçons. Il ne dit rien non plus des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance, dont le Département est pourtant directement responsable.
Près de six jeunes sur dix se disent préoccupés par le changement climatique. On leur a demandé à quoi devrait ressembler le Doubs dans dix ans, mais leurs réponses ne sont pas publiées. Quant à la délibération, elle est vide de sens : elle nous demande d’approuver des engagements que le Département est déjà censé respecter, avant une nouvelle séquence de communication prévue pour la présentation du plan.
Il est temps de passer des annonces aux actes
Sur chacun de ces sujets, le Département et ses partenaires font face à des besoins qui augmentent, avec des moyens qui ne suivent pas. Nos concitoyens attendent autre chose que de la communication : des budgets et un calendrier.
