Discours liminaire, AD 29-09-25, par Claude Dallavalle

Madame la Présidente, chers collègues,

Nous sommes réunis ce jour, entre autres, pour acter l’effort que la collectivité réalise pour les collèges. Et quand je pense à nos jeunes, difficile de ne pas s’inquiéter devant le triste constat d’un monde qui semble, jour après jour, de moins en moins soutenable, de plus en plus hostile. Mais quel avenir sommes-nous en train de leur construire ?

Je ne voudrais pas m’y habituer ni me résigner à ce triste constat, mais comme je l’ai déjà fait lors de notre Assemblée de juin, je débuterai mon propos en élargissant la focale pour revenir ensuite à l’échelle départementale, et même jusqu’à nos rues.

Nous ne pouvons agir localement sans prendre en compte la situation globale, faire comme si de rien n’était. Presque à chaque fois, les habitants que je rencontre évoquent de plus en plus leurs inquiétudes sur le devenir de notre pays, mais aussi leurs craintes sur la situation internationale.

Nous en sommes maintenant au point où des avions de guerre russes pénètrent sans autorisation l’espace aérien de pays européens membres de l’OTAN et où des drones mystérieux et hostiles survolent des aéroports civils et militaires presque tous les jours.

Au niveau diplomatique, la reconnaissance de l’État de Palestine par la France et d’autres pays vient enfin consacrer, pour l’heure et symboliquement, la possibilité d’une solution à deux États. Ce n’est jamais que l’application de la résolution 181 de l’ONU de 1947. Sur le terrain, cela implique que tous les protagonistes reconnaissent mutuellement la légitimité de l’autre à exister et à cesser toute violence.

Le génocide en cours en Gaza, officiellement reconnu lui aussi par une commission d’enquête de l’ONU, connait des répercussions partout, y compris ici. La polémique autour de l’interdiction de la venue ou non d’un auteur au Salon du livre de Besançon pose la question du périmètre de la liberté d’expression et de la censure.

On s’interroge aussi sur quels drapeaux une collectivité peut hisser ou non. Des cris d’effroi retentissent quand les couleurs de la Palestine sont levées en solidarité envers son peuple opprimé. À côté, l’étendard ukrainien peut flotter tranquillement. Il est pourtant accroché pour les mêmes raisons, et il l’a longtemps été dans cet hémicycle. L’argument de la neutralité ne tient pas une seconde et on se demande bien quelles sont les raisons de ces deux poids deux mesures.

On pourrait pointer la même hypocrisie concernant le dérèglement climatique ou la préservation de l’environnement. On ne peut faire mine de s’inquiéter de ses conséquences si on favorise dans le même temps ses causes.

Sur ce sujet, il faut reconnaitre à Donald Trump une certaine cohérence dans ses ignominies. Lui ne fait pas semblant. Il déclare à la tribune de l’ONU que le changement climatique est la plus grosse arnaque jamais menée contre le monde et que les énergies renouvelables ne sont qu’une blague. Pour lui, la seule vérité qui tienne, c’est la sienne, fluctuante. Peu importe les études scientifiques, les conséquences de ce discours inconséquent alimentent les climato-septiques et toutes les formes d’extrémismes.

C’est un danger mortel. Les dirigeants et irresponsables politiques malhonnêtes doivent être discrédités, ceux qui n’ont pas conscience de l’immensité des efforts à accomplir doivent être informés et agir en conséquence, ceux qui sont sidérés et paralysés doivent être accompagnés dans leur actions, soutenus par les pouvoirs publics et portés par l’élan citoyen.

Nous venons de franchir une autre limite planétaire, la septième sur les neufs. Ce sont les seuils définis par les scientifiques pour garantir un environnement sûr et stable à l’humanité sur le long terme. Aujourd’hui, c’est l’acidité des océans qui rend moins facile la fabrication de squelettes en calcaire et réduit la capacité des océans à absorber du CO2.

Nous avons déjà franchi hier celles du changement climatique, l’érosion de la biodiversité, le changement d’usage des sols, la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, le cycle de l’eau douce et l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère, comme les polluants et le plastique. Les deux seules qui ne sont pas dépassées sont la charge en aérosols atmosphériques et la couche d’ozone, sauvée par une volonté politique mondiale décidée dans les années 1980.

L’action est encore possible. Et nous pouvons tous espérer que la pluie qui tombe partout cesse d’être chargée par les pesticides que l’on retrouve dans les nuages qui passent au-dessus de la France métropolitaine, comme les dernières découvertes l’affirment.

Le ciel est sombre aussi pour la situation politique du pays, décidément bien étrange. Un Premier ministre est nommé, mais il n’a toujours pas formé de gouvernement. Le pouvoir s’enferme dans son mutisme, paralysé et incapable de reconnaitre sa défaite, son incapacité à gouverner le pays et à trouver des compromis. Rien n’avance, il n’y a pas de décret sur certaines lois, nous ne savons pas si un budget pourra être adopté. Tout cela nous touche tous. Voilà ce qui bloque le pays.

Il y a des économies à faire bien sûr, nous avons un État suradministré. Mais il y a surtout des recettes à trouver. Comment ne pas comprendre la colère des citoyens quand on sait que les plus riches contribuent proportionnellement moins à l’impôt que tous les autres français ? Que l’État n’est même pas en mesure de calculer l’argent phénoménal qu’il verse aux entreprises ?

Rien ne sera possible sans justice fiscale. À en croire les sondages, l’instauration de la taxe Zucman est largement plébiscitée, quelle que soit la couleur politique. Est-ce que nos élus nationaux sont conscients du ressenti de leurs électeurs ? Décident-ils sans s’en soucier ? Rares sont ceux qui essaient d’avoir l’avis des électeurs de leur circonscription. Faudra-t-il une nouvelle pétition nationale pour que les politiques réagissent ?

L’image renvoyée est désastreuse. Celles de partis qui préfèrent sabrer encore dans les dépenses, sacrifier l’école, l’hôpital et tous les services publics déjà moribonds parce qu’ils ne veulent pas chercher de nouvelles recettes. Ils agissent par idéologie, par clientélisme et ne servent pas l’intérêt général, mais celui des grandes fortunes. Et cela apparait maintenant au grand jour.

La roue tourne. La justice fait son travail et condamne lourdement un ancien Président de la République accusé de faits d’une gravité extrême : une association de malfaiteurs en vue de financer une campagne présidentielle avec l’argent d’un dictateur Lybien. On peut s’interroger sur le mandat de dépôt différé avec exécution provisoire, loin d’être exceptionnel pour ce type de peine, ou sur une innocence encore présumée, bien que Nicolas Sarkozy ait déjà été condamné définitivement sur d’autres dossiers. Il s’agit surtout de remettre les choses dans leur contexte. Ce que les juges ont jugé, c’est la reconnaissance d’un pacte de corruption au plus haut niveau possible et qui serait restée dans l’ombre sans le travail acharné de quelques journalistes.

Tout cela n’est pas réjouissant surtout quand la presse locale se fait l’écho d’autres affaires de justice concernant des élus. Cela jette encore plus l’opprobre sur les responsables politiques en minant davantage encore la confiance que le peuple porte à ses représentants. Mais que dire également de ceux qui condamnent les juges au lieu de condamner les faits.

Tout aussi historique : la pétition contre la loi Duplomb, qui visait à lever les contraintes au métier d’agriculteur. Plus de 2.5 millions de citoyens qui font l’effort de s’authentifier sur le site de l’Assemblée nationale pour s’insurger d’une loi dangereuse pour l’environnement et demander son retrait, c’est inédit. C’est un signe encourageant qui démontre que la démocratie peut être plus puissante que l’industrie agro-alimentaire et les lobbys des pesticides. Le vivant n’a pas dit son dernier mot.

Il ne faut pas se leurrer non plus de cette semi-victoire. Les partisans de la loi ont usé de tous les moyens pour la défendre, n’hésitant pas à dénigrer ceux qui menaient le combat pour l’abolir. Pire, les politiques qui ont contesté sans arguments valables les avis éclairés des scientifiques qui, courageusement, ont dénoncé les effets toxiques sur l’environnement et nos organismes de produits couramment utilisés dans nos champs.

En attendant le débat à l’Assemblée nationale rendu possible par le succès de cette pétition, le Conseil constitutionnel a déminé la situation en censurant la réintroduction de l’acétamipride, qui cristallisait une bonne part de l’attention. Mais la loi Duplomb, ce n’est pas que cela. Il en reste aujourd’hui l’essentiel : allégement des procédures pour l’élevage intensif et les méga-bassines, mainmise sur l’Anses et l’OFB notamment. La loi promulguée est toujours une menace pour l’environnement.

Ce n’est pas parce que nous soulevons des problèmes liés à certaines pratiques agricoles, y compris chez nous, pour la production du comté par exemple, que nous ne soutenons pas les éleveurs et tous les agriculteurs. Leur métier est difficile et essentiel. Et c’est parce qu’il est difficile et essentiel que nous devons tous le soutenir et œuvrer pour le rendre le plus vertueux possible.

Nous sommes en phase avec beaucoup de revendications et de constats exprimés vendredi dernier encore. L’alimentation et les produits agricoles ne sont pas des biens de consommation comme les autres. Et à ce titre, ils devraient être exclus du traité de libre-échange du Mercosur qui induit une concurrence déloyale et facilite l’importation de produits qui ne respectent pas les normes sanitaires ou environnementales que l’on exige en France et en Europe.  

Comme s’il n’y en avait déjà pas assez, une menace terrible se rapproche toujours plus dangereusement. La dermatose nodulaire décime déjà des troupeaux dans des départements tout proches et cinq exploitations du Doubs sont désormais placées sous surveillance. Pour éviter la propagation de cette maladie, les différentes manifestations qui rassemblaient nos Montbéliardes, les comices et « vaches de salon » ont été annulées. Cette suppression logique était attendue par nombre d’éleveurs qui, pour certains, ne se seraient de toute façon pas déplacés pour ces moments de fête que sont les comices. Suppression aussi pour marquer notre solidarité avec ces éleveurs savoyards qui ont tout perdu et nous exprimons notre sincère compassion envers tous les éleveurs touchés par cette tragédie.

Le département entend améliorer son soutien à l’agriculture locale en expérimentant en 2026 un groupement de commandes pour la fourniture de viandes et de produits laitiers à nos collèges. C’est déjà une bonne chose, mais pour que les collégiens mangent aussi des légumes locaux, il sera nécessaire de réfléchir aux aides que le Département pourrait apporter au développement des maraîchers par exemple. C’est dans l’objectif de pouvoir émettre nos propositions et faire émerger un véritable débouché public à cette filière pour l’heure délaissée que nous proposerons lors de la commission permanente de cet après-midi la candidature d’un membre de notre groupe pour siéger à la chambre d’agriculture et représenter le département.

Au niveau des investissements dans les collèges on peut comprendre que certains travaux soient décalés au vu des difficultés financières que l’on rencontre. Il est pourtant nécessaire de revoir les priorités et de revoir l’ordre au niveau de la programmation. Quid du collège d’Hérimoncourt qui pourrait être prioritaire quand on sait que des problèmes structurels nécessitent la pose d’étais pour le consolider ?

Madame la Présidente, lors de l’Assemblée de juin vous aviez annoncé un grand programme pour la rentrée : « Cap Jeunesse ». Je reprends vos paroles : « lancer une démarche ambitieuse, exigeante et ouverte ». Nous attendions un rapport à ce sujet lors de cette Assemblée de septembre. On ne l’a pas eu. Mais nous sommes sûrs que cela ne restera pas lettre morte, vu tout ce que vous avez évoqué lors du liminaire en juin.

Toutefois, si vous êtes en mal d’inspiration, nous avons déjà une proposition à vous soumettre pour vous aider à poser la première pierre de ce CAP jeunesse que nous appelons avec vous. Il y a quelques années, vous aviez supprimé le Pass’Sport, puisque l’État l’avait lui aussi mis en place. Aujourd’hui, il ne l’accorde plus que pour les 14 – 17 ans. À nous de le rétablir pour l’ensemble de nos collégiens, ce serait déjà une première action forte de ce Cap Jeunesse.

Nous avons déjà eu aussi l’occasion de dénoncer le désengagement du département concernant la prévention spécialisée. Nous en connaissons maintenant les conséquences : plus que trois équipes à Besançon sur les six initiales. Il ne reste plus que Planoise, Montrapon-Saint-Claude et Palente Orchamps. Les quartiers de l’Amitié, de Clair-Soleil et Battant ne sont plus couverts. C’est cocasse quand on entend dans le même temps le premier vice-président du département se plaindre du climat particulier qui règne dans ce même quartier Battant.

À PMA, il n’y a plus que 11 ETP sur les 16 postes initiaux. Les villes d’Audincourt, Seloncourt, Hérimoncourt, Bavans, Voujeaucourt, Bart, Sainte Suzanne, Etupes, Fesches-Le-Chatel, Dampierre-les-Bois et de Badevel ne sont plus couvertes. Sur Montbéliard, il n’y a plus que les quartiers de la Chiffogne et du parc qui sont couverts, car l’équipe intervenant à la Petite Hollande est aussi supprimée.

Et comme si cela ne suffisait pas, en 2026 le Département se désengagera des jeunes dès le premier jour de leurs 18 ans, contre 21 ans auparavant. Cela n’a pas beaucoup de sens, et beaucoup d’autres départements qui font intervenir la prévention spécialisée auprès des jeunes âgés jusqu’à 25 ans, l’ont bien compris. Une réflexion s’impose !

Madame la Présidente, sur un sujet un peu plus technique, nous nous interrogeons aussi sur le glissement de certains dossiers de l’ordre du jour de l’Assemblée départementale publique au profit de la Commission permanente qui se déroule à huis clos. Par exemple en 2023, l’avis sur le SCOT du Haut-Doubs passait en Assemblée. Aujourd’hui celui sur le SCOT du Grand Besançon passe en commission permanente, nous ne voyons pas de cohérence. Deux territoires, deux modes de traitement différent. C’est un exemple et nous en avons d’autres qui devraient donc avoir leur place en débat d’Assemblée, par exemple la définition de la stratégie du tourisme du territoire qui engage la collectivité.

Ce serait une mesure de transparence, comme lorsque nous vous demandons plusieurs fois des documents en votre possession et que vous ne souhaitez pas délivrer. Des audits sont par exemple réalisés par la collectivité au niveau de différentes structures. Vous nous en faites la synthèse lorsque nous le demandons. Mais pour nous cela n’est pas suffisant. C’est l’audit dans son ensemble que nous voudrions travailler. Nous pourrions nous aussi en faire une synthèse qui pourrait être identique à la vôtre, ou différente. Je rappelle simplement que cette demande ne repose jamais que sur le Code général des collectivités territoriales.

Le droit est parfois tatillon, mais on ne peut s’en écarter, sous peine de sombrer dans l’arbitraire et de s’adonner à de graves dérives. Ce droit est dévolu à l’opposition afin qu’elle puisse exercer son rôle de contrôle.

Il existe d’autres rouages, d’autres contre-pouvoirs essentiels en démocratie pour contrôler l’exécutif et garantir la bonne utilisation de l’argent public : la Cour des comptes et ses antennes locales. Nous avons à l’ordre du jour le « Rapport de la chambre régionale des comptes sur les collectivités territoriales face aux enjeux de leur patrimoine monumental en Bourgogne Franche-Comté ». Plusieurs monuments de notre Département sont concernés, avec évidemment la Saline d’Arc-et-Senans. Et dans le cadre de ses contrôles, la CRC questionne fortement la gestion quelque peu opaque de l’EPCC Saline Royale. Le rapport spécifique concernant cet établissement n’est pas présenté dans cette Assemblée. Ce document, vous le savez, nous interroge beaucoup et pointe de graves dysfonctionnements, dont ceux que nous avons déjà évoqués ici concernant la société Musicampus. Et nous sommes loin d’être les seuls à être troublés. Nous espérons avoir l’occasion d’en débattre aujourd’hui.

Je vous remercie pour votre écoute

Saline : un rapport accablant qui confirme nos doutes

La chambre régionale des comptes (CRC) dresse un bilan alarmant de la gestion de la Saline royale d’Arc-et-Senans par l’Etablissement public de coopération culturelle (EPCC). Elle pointe aussi ses liens troublants avec la société privée Musicampus, dont l’activité consiste à vendre des vidéos de cours de musique.

Le constat sans appel de la CRC ne nous étonne pas : cela fait plusieurs années que nous dénonçons cette dérive.

Lors de l’Assemblée départementale de janvier 2023, puis dans une lettre adressée le mois suivant à Christine Bouquin, présidente de l’EPCC, nous demandions des précisions sur la prise en charge par la collectivité des frais liés à Musicampus : travaux, matériel audiovisuel, mise à disposition de personnels, occupation de l’espace public, versement de bourses, etc.

Nous n’avions jamais obtenu de réponse, nous en avons aujourd’hui plusieurs. La création même de Musicampus est irrégulière, il existe un régime d’incompatibilité pour le président de Musicampus qui est aussi directeur de l’EPCC, le projet commercial financé par des fonds publics est à la fois irréaliste et déficitaire, du personnel de l’établissement public travaille gratuitement pour Musicampus, etc.

La situation s’est même aggravée depuis notre interpellation. Constatant les grandes difficultés économiques de Musicampus, l’EPCC s’est engagé en 2024 à prendre à sa charge, et donc à la charge des contribuables, l’enseignement musical, l’organisation des semaines académiques et l’enregistrement des vidéos de Musicampus pour les années 2025 et 2026.

Face à ces graves dysfonctionnements, nous réclamons un débat public lors de l’Assemblée départementale prévue le lundi 29 septembre.

Comté : une convention citoyenne pour se poser les bonnes questions

Le DSES exprime ses plus vives inquiétudes après l’adoption définitive de la loi Duplomb, qui vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ». Nous réaffirmons que le respect de normes exigeantes est indispensable pour préserver l’environnement, la santé publique et les paysans eux-mêmes.

Ce recul écologique insensé aggrave une situation déjà très problématique. Nous en savons quelque chose dans le Doubs, où malgré un cahier des charges de l’AOP comté restrictif et rigoureux, de graves atteintes aux écosystèmes, et en particulier aux rivières, sont constatés.

La dernière polémique en date autour du comté et de son impact avéré sur l’environnement a eu un fort retentissement national. L’origine en est la publication d’un article mensonger du Figaro Magazine qui s’en prend aux « écologistes », qualifiés de « khmers verts » et à qui l’on prête la volonté d’interdire le fromage AOP le plus vendu en France.

Avec un degré de passion et de mauvaise foi sans précédent, des irresponsables politiques surfent sur cette fake news. Ils raillent « l’écologie punitive », qualifient d’extrémistes ceux qui souhaitent concilier production et préservation de la planète, défendent aveuglément le comté en faisant semblant de ne pas voir le problème.

Face à l’évidence, aux constats de terrain et aux études scientifiques, il est temps de sortir du déni et de se poser les bonnes questions. Veut-on retrouver des rivières en bon état écologique ? Si oui, quelle est la production laitière adaptée à cet objectif ? Comment compenser la perte de revenus des agriculteurs qui résulterait d’une diminution du volume de lait ?

Contrairement aux propos scandaleux attribués à la ministre doubienne de l’Agriculture, qui aurait incité les agriculteurs à « viser les élus de gauche » pour défendre le retour aux pesticides tueurs d’abeilles et détricoter la politique environnementale la plus élémentaire, nous appelons à la tenue d’un débat serein.

Nous appelons à l’organisation d’une conférence citoyenne locale qui aurait pour objectif de répondre à la problématique suivante : quel équilibre trouver entre préservation de l’environnement et fabrication de comté ?

La position défendue par le DSES ne varie pas : si l’on veut continuer de savourer du comté tout en jouissant de rivières en bon état écologique et en prenant en compte le changement climatique qui réduit déjà la quantité de fourrage disponible, il faudra produire moins de lait.

Le Département incapable de poursuivre son programme d’investissement

Les collectivités locales et, plus encore les Départements, sont dans une situation financière inquiétante. Qui dit rigueur budgétaire dit arbitrage. Nous avons déjà dénoncé un sens des priorités insensé qui conduit le Département à continuer à financer aléatoirement des sociétés qui n’en ont absolument pas besoin via son volet aide à l’immobilier d’entreprises tout en supprimant un tiers des postes d’éducateurs de rues de la prévention spécialisée.

Aujourd’hui, nous pouvons constater avec la présentation du Compte administratif 2024 que cette conjoncture a produit ces premiers effets et le programme d’investissement prévu au BP 2024 n’a pas pu se réaliser.

Ainsi, le SDAC, le « schéma directeur d’aménagement des collèges » du Département du Doubs, prévoyait un investissement de 23 à 24 M€ par an en moyenne entre 2024 et 2026. Le montant des investissements en 2024 ? 3.7M€, soit un taux de réalisation de 16 %. Cela n’est pas étonnant, car 6 des 7 rénovations de collèges prévus ont été gelées…

Le retard de ce programme d’investissement est d’autant plus problématique que son annonce elle-même en 2023 était déjà bien en retard par rapport au besoin et à la nécessité de mener des travaux de rénovation énergétique des collèges. On ne peut plus dire, « mieux vaut tard que jamais » comme nous l’avions fait à l’époque, mais « quels collèges allez-vous décider de ne pas rénover ? »

Ce retard environnemental, c’est un peu une constance pour cette majorité qui s’est empressée d’enterrer le plan climat élaboré par la gauche avant leur prise de responsabilité. La droite a mis huit ans pour adopter enfin un Plan climat en 2022. Depuis, des efforts sont notables et c’est très bien. Mais ce n’est pas une raison pour les embellir.

Le bilan qui est présenté fait état d’un tiers des achats des cantines des collèges réalisés via la plateforme agri-local, qui met en lien producteurs locaux et cuisiniers de collectivités. Mais pour quelle valeur ? 364.000 € sur les 5.6M€ d’achat de denrées alimentaire, soit seulement 7%, un chiffre que l’on ne retrouve pas dans le rapport. Sur les 38 collèges disposant d’un restaurant, seuls 5 atteignent les objectifs que nous aurions dû atteindre en 2022.

Enfin, nous ne pouvons que nous scandaliser de la baisse des subventions accordées aux associations d’aide aux femmes, notamment celle du CIDFF qui passe de 15 100 € en 2024 à 13.000 € en 2025.

Discours liminaire 23/06/25

Discours liminaire prononcé par Claude Dallavalle, co-président du groupe DSES à l’occasion de l’Assemblée Départementale du 23 juin 2025.

Madame la Présidente, chers collègues,

Comme chaque année l’Assemblée du mois de juin permet de clôturer l’année précédente en votant les comptes et en actant différents rapports concernant l’année 2024.

Je reviendrai sur ces rapports en fin de liminaire, mais, comment, Madame la Présidente, comment ne pas évoquer différents sujets internationaux et nationaux qui impactent fortement notre vie.

Chaque jour, des images de guerre envahissent les écrans de télévision et les pages de nos journaux. La guerre en Ukraine qui sévit en Europe depuis des années déjà.

Le conflit israélo-palestinien ravivé par l’abominable journée du 7 octobre 2023 provoquée par le Hamas et ses alliés qui en sont à l’origine. Mais comment accepter ce qui se passe aujourd’hui dans la bande de Gaza, aujourd’hui presque entièrement détruite et affamée. L’UNICEF l’indique, les grandes victimes sont les enfants.

Comment peut-on imaginer que la guerre apportera une solution de long terme à ces deux peuples voisins ? Une question que l’on pourrait se poser, pourquoi en 1948, lors de la création d’Israël, n’a-t-on pas pensé à créer aussi un état palestinien ? Pourquoi ne pourrait-on pas le faire aujourd’hui, comme le souhaite toujours la Diplomatie française ?

La guerre, les crimes de guerre et le terrorisme alimentent la haine et la rancœur. Jusqu’où ? En invoquant sa protection, Israël étend son offensive contre les installations militaires de l’Iran et son régime. L’histoire s’écrit maintenant avec l’intervention directe des États-Unis et les propos variables de son dirigeant auxquels on ne peut se fier.

Tout ce contexte et ces conflits sont bien anxiogènes, et encore certains ne font pas la une des journaux, comme le Soudan, et poussent nombre d’habitants à chercher refuge dans d’autres pays.

Et en France ! Comment, Madame la Présidente, comment ne pas évoquer des décisions prises au niveau national et qui vont fortement impacter la vie de nos enfants, pour moi celle de mes petits-enfants. Mais quel monde leur prépare-t-on ?

En premier le retrait des zones de faible émission, ZFE. Des conséquences sur la santé puisque ces zones permettaient de baisser le nombre de décès dû à la pollution engendrée par la circulation automobile, mais aussi sur des subventions européennes, qui ne seront plus accordées.

Le budget de l’État peut-il aujourd’hui se passer de subventions européennes ? Subventions qui auraient dû être fléchées pour que ces ZFE soient accompagnées de mesures compensatrices à celles et ceux qui devaient, par exemple, changer de véhicules.

En second la Loi Duplomb et en particulier sur la partie qui permet l’utilisation de certains pesticides. On connaît leur impact sur nombre d’animaux et en particulier sur les abeilles. Tout apiculteur est fortement inquiet et on peut se poser la question de la connaissance de nos parlementaires sur le rôle joué par tous ses animaux au niveau de la pollinisation. Est-ce que pour les générations futures, la vue d’une abeille ne se fera plus que sur des vidéos ?

Et dernièrement la Loi Zucman rejetée par le Sénat. Respect pour celles et ceux qui l’ont voté, car, je pense, qu’ils ont compris que chacun doit participer au redressement budgétaire de notre pays.

Pour terminer sur ces points nationaux comment ne pas évoquer cette modification de liste proposée au scrutin des communes de moins de 1000 habitants pour les élections municipales. C’est quasiment le premier sujet que les élus abordent lors de nos rencontres. Ils se posent une question : comment va-t-on faire ? Difficile de comprendre que l’association des maires de France et encore plus l’association nationale des maires ruraux aient milité pour cette mesure ! En plus de la difficulté de constituer une liste, cette modification ne permettra plus de candidatures individuelles qui permettaient aux électeurs de panacher.

Candidatures individuelles qui pouvaient apporter une certaine opposition dans les conseils municipaux. Des conséquences sur une vraie vie démocratique dans nos communes. Pour moi c’est encore une fois la méconnaissance de la ruralité, les élections municipales n’auront plus beaucoup d’intérêts pour certains et ils risquent de se défouler sur d’autres élections. Mais, une autre conséquence, il ne faudra pas s’étonner que nombre de communes ne renouvellent pas leur adhésion à ces deux associations

Comment, Madame la Présidente, comment ne pas revenir sur cette polémique sur le Comté. Comment imaginer aussi que, lorsque je reçois des invités, qu’il n’y ait pas sur le plateau de fromages comté et cancoillotte !

Mais que répondre à mon petit-fils qui me demande où aller pêcher truites ou ombres… Nos rivières sont en grand danger, espérons que cela ne soit pas trop tard. Oui, une grande partie de la pollution est due à l’agriculture. Et il nous semble que la modification du cahier des charges pour l’AOP comté, en agrandissant la surface par animal, va dans le sens qui consiste à baisser le cheptel pour diminuer cette pollution.

Mais pour avoir un impact significatif, il faudra certainement imaginer des compensations pour les éleveurs qui verraient leur revenu baisser. Travaillons tous ensemble pour chercher les solutions qui permettront de retrouver des rivières en bon état et des éleveurs fiers et heureux de leur travail tout en gardant un revenu digne. Madame la Présidente, seriez-vous prête à soutenir avec nous l’idée d’une sorte de convention citoyenne pour parvenir enfin à concilier vie aquatique et production de comté comme c’était le cas auparavant ? Il me semble que nous sommes nombreux ici, et dans tout le Département, à vouloir retrouver nos belles rivières tout en savourant un morceau de comté.

Beaucoup d’actualités anxiogènes encore pour l’ensemble des citoyens, et en particulier nos jeunes. Nombre d’entre eux sont fortement perturbés par l’évolution de notre monde, il se réfugie beaucoup dans le virtuel, dans la bulle de leur téléphone, certains basculent dans le déni de la réalité, dans l’irréparable.

Et nous sommes bien démunis face à toute cette violence. Que penser de l’annonce de l’interdiction de la vente de couteaux aux mineurs… déjà interdits ? Faut-il ajouter l’interdiction d’avoir des couteaux dans les cuisines ? Restons sérieux.

Comment ne pas évoquer ces problèmes de violence, dans et devant les collèges ? En participant au CA, on constate un nombre croissant de conseils de discipline. A Planoise, les professeurs ont exercé leur droit de retrait face à ces violences et les menaces dont ils sont l’objet. Au niveau de la prévention, nous avons un rôle à jouer, c’est une de nos missions et vous la désorganisez. Diminuer le nombre d’éducateurs de rue ne va pas dans le bon sens. C’est leur présence quotidienne qui permet de résoudre nombre de problèmes par leur connaissance du terrain, mais aussi des jeunes. Et sur ce sujet, nous pouvons regretter aussi la suppression de la police de proximité en 2003 par Nicolas Sarkozy. Elle faisait partie du paysage, pouvait lier des liens. La présence sur le terrain est importante, la diminuer c’est permettre à d’autres de prendre la place dans un but beaucoup plus malsain, le plus souvent illégal et de profiter du mal être des jeunes.

Lors de l’AG de l’Observatoire Départemental de la Protection de l’Enfance, cela a été dit : la prévention évite de prendre des mesures financièrement plus lourdes. Mais ce n’est pas le choix que vous avez fait.

Autre constat au niveau de notre Département, c’est la baisse de la natalité. Toujours lors de l’AG de l’ODPE, la moyenne pour avoir un enfant est à plus de 30 ans. Et quand on discute avec des jeunes, certains se posent même la question d’avoir des enfants vu l’évolution de notre planète. Les conséquences seront visibles plus tard, manque de main d’œuvre, manque de personnes qualifiées, il faudra bien les trouver ailleurs.

Pour terminer, je veux revenir aux dossiers qui nous concernent aujourd’hui. Nous interviendrons suivant chacun d’eux.

Toutefois il est important de faire le constat de la dégradation de nos finances et pour cela je reprends les résultats reportés chaque année : en 2022 plus de 32 M€, 2023 c’est près de 28 M€, 2024 aux environs de 17 M€ et cette année 10,6 M d’€. Une dégradation constante qui ne peut que nous inquiéter pour l’avenir, mais aussi pour pouvoir répondre à nos compétences. Vous proposerez que ces 10,6 M€ soient utilisés pour baisser le recours à l’emprunt prévu lors du vote du budget en décembre.

C’est votre choix et nous aurons l’occasion d’en débattre. Mais vu cette dégradation constante de nos finances, pourra-t-on toujours autant investir ? Les travaux non programmés aujourd’hui pourront-ils l’être dans le futur ?

Ne serons-nous pas obligés d’abandonner certaines compétences non obligatoires pour pouvoir assumer celles qui sont obligatoires ?

Comment pourra-t-on continuer dans cette voie ?

Beaucoup d’incertitudes Madame la Présidente et je me demande quelquefois, notre État est-il conscient de la réalité ? Il y a quelques années nous recevions en Assemblée le Préfet et les responsables des différentes administrations. Nous pouvions échanger avec eux. Serait-il possible qu’une telle rencontre se mette à nouveau en place ?

Je vous remercie de votre écoute.