Madame la présidente, chers collègues,
Ces derniers mois, l’actualité internationale a largement occupé l’espace médiatique. Avec Donald Trump à la tête des États-Unis, c’est la planète entière qui se trouve bouleversée.
Impulsivité, colère perturbatrice, orgueil démesuré, mensonges éhontés, conflits d’intérêts flagrants, annonces et contre-annonces dénuées de sens, caprices pour un prix Nobel de la paix suivis du lancement d’opérations spéciales et d’une guerre majeure, en mépris du droit international reléguée au statut d’accessoire. Tel est le désolant spectacle d’une diplomatie amateur et dangereuse, qui ne respecte ni ses alliés ni les règles les plus élémentaires.
Le résultat est catastrophique pour la stabilité mondiale.
A chaque jour, presque à chaque heure, sa peine.
Saluons ici, la mémoire des trois soldats français morts en opération depuis le début de l’année, victimes, comme des milliers de civils, de la guerre qui embrase le Proche et le Moyen-Orient.
La liste des méfaits du trumpisme sur le monde, sur nos vies, serait trop longue à énumérer dans cette instance. Pourtant, nous en sommes directement concernés à plusieurs titres.
Le trumpisme, c’est aussi, et peut-être surtout, une méthode efficace pour s’emparer du pouvoir au mépris d’un débat politique et démocratique sain.
On y trouve le déni scientifique, avec des chercheurs accusés de partisanisme ;
Le recul environnemental, assumé au nom d’une vision passéiste et d’un modèle insoutenable ;
Le renversement des valeurs, qui constitue un non-sens historique ;
Les attaques contre la presse et les journalistes critiques, ainsi que la délégitimation systématique des opposants ;
La propagation de fausses informations dites « fake news » au service d’un discours idéologique inavoué.
À cela s’ajoutent la volonté de détruire les normes environnementales, le Code du travail, de vilipender, sous couvert d’efficacité, toutes les règles et lois qui, certes peuvent paraitre contraignantes, mais qui garantissent une protection collective et la défense de l’intérêt général contre l’arbitraire et l’injustice des intérêts privés.
Sans oublier les promesses irréalistes, non financées, vendues avec une assurance fausse et trompeuse, comme si tout pouvait être résolu d’un claquement de doigts.
Avec le trumpisme, on favorise et normalise l’arrivée de l’extrême droite dans les instances politiques, tout en banalisant, dans son sillon, les discours racistes.
Badinter appelait cela « la lepénisation des esprits ».
Tout cela bien emballé dans des propos creux, des slogans, des incantations et des réponses simplistes à des problèmes éminemment complexes.
Pourtant, la formule fonctionne : flatter un électorat réactionnaire avec des mesures démagogiques et populistes s’avère payant.
Y faire face n’est pas aisé, et il est important de le répéter après les coups de feu qui ont claqués ce week-end au gala de la presse à Washington en présence du Président américain, que la violence n’est jamais une solution.
Force est de constater que les forces politiques progressistes et humanistes, divisées et parfois opposées, peinent à convaincre, à susciter l’enthousiasme, voire à communiquer efficacement.
Elles doivent s’interroger sur leurs faiblesses, combler leurs lacunes et s’attacher à construire, rapidement, une offre politique attractive, capable d’empêcher notre pays de sombrer dans l’ère de la médiocrité érigée en force et de plonger dans des abîmes démocratiques et environnementales dont nous mettront du temps à sortir.
Il devient vital, pour nos enfants comme pour nous-mêmes, de dénoncer et de combattre les effets délétères de la contagion trumpienne sur le débat politique et public.
À très court terme et de manière plus terre à terre, le plus douloureux et le plus visible des effets de la politique étrangère américaine reste la hausse spectaculaire des prix du carburant.
Notre extrême dépendance aux énergies fossiles et à la voiture individuelle pose un problème à la fois économique, écologique et urbanistique.
Pourtant, et c’est un paradoxe, certains défendent encore des politiques publiques qui en favorisent l’usage au nom de la liberté. Ne serait-il pas plus judicieux de chercher à nous en émanciper ?
Cette question est intéressante si on peut se permettre le luxe de prendre un peu de hauteur, mais l’aménagement du territoire et des transports publics imposent l’usage de la voiture individuelle à la majorité d’entre nous.
Et pour l’heure, la guerre en Iran et ses conséquences sur le prix du baril de pétrole pèsent lourdement sur l’économie. Les entreprises en subissent les effets. Presque tous les foyers sont touchés.
Chacun constate, impuissant, que le passage à la pompe devient chaque jour plus douloureux.
C’est dans les zones périphériques, et plus encore dans les campagnes, que la situation devient dramatique. Les travailleurs précaires, les gros rouleurs, ont la désagréable sensation d’aller travailler pour payer le plein… et pouvoir y retourner le lendemain.
Comment les aider ?
Le gouvernement propose un versement unique de 50 € sous conditions. Est-ce suffisant ? Rien n’est moins sûr. Il propose aussi l’encadrement des marges des distributeurs, mais tout le monde sait bien que ce n’est pas là que sont les plus grosses marges, qui se trouvent plutôt chez les raffineurs avec leurs profits énormes en temps de guerre. Voilà sûrement une piste intéressante qui ne couterait rien à l’Etat et qui permettrait de vraiment faire baisser le prix des carburants pour tous les Français.
L’équilibre budgétaire, déjà précaire, des structures d’aide à domicile ou de protection de l’enfance est désormais totalement remis en cause par la hausse des prix de l’essence.
Nous sommes très inquiets quant à la capacité de nos partenaires à poursuivre, dans des conditions soutenables, les missions essentielles de solidarité qu’ils exercent pour le Département, sans aides supplémentaires.
Vous y répondrez tout à l’heure. Mon collègue Claude Dallavalle vous a adressé une question orale à ce propos, prévue par le règlement de notre Assemblée, avant cette session.
Ce sujet, comme beaucoup d’autres, soulève une interrogation cruciale : la question des moyens. Comment accompagner l’évolution des politiques publiques locales ?
Toujours plus de compétences déléguées par l’État, toujours plus de responsabilités, toujours plus de besoins… mais avec toujours moins de leviers fiscaux et toujours moins de dotations budgétaires.
Cette équation est impossible à résoudre sans évolutions majeures.
Il est illusoire de prétendre que l’on peut faire mieux avec moins. Bien sûr, des marges de manœuvre existent, mais affirmer qu’elles suffisent à éviter une dégradation de l’action publique et du service rendu aux citoyens relève du mensonge.
Nous en aurons d’ailleurs l’illustration lors de cette Assemblée, avec l’épineuse question du financement des SDIS.
Nous verrons peut-être aussi apparaitre dans les prochains mois un nouveau dossier, suite au décret paru ce week-end qui instaure un nécessaire parcours de soins pour les enfants de l’Aide sociale à l’enfance, pris en charge par la sécurité sociale et coordonné par les départements.
Alors, quelles solutions ?
Il n’y en a pas beaucoup. Deux, en réalité, qui peuvent d’ailleurs se compléter.
La première consiste à réduire les dépenses ou les missions de l’Etat et des collectivités. Mais à quel prix ? Moins de solidarité ? Moins de moyens pour la santé ? Pour les retraites ? Pour la rénovation énergétique ? Pour les transports ? Pour l’école ? Moins pour quoi ? Moins pour qui ?
Pour supprimer toutes les agences ? Même celle sur l’eau ? Sur la sûreté du nucléaire ?
La seconde solution, bien sûr, est de dégager davantage de recettes publiques. Pour la gauche, cela passe par une contribution accrue des grandes fortunes, des profits des grandes entreprises, et par la limitation des possibilités d’optimisation fiscale. Aucun sacrifice ne peut être exigé des citoyens sans davantage de justice sociale, de justice fiscale.
Cela nous semble un préalable indispensable et c’est pour cela que nous insistons tant sur les critiques que nous vous adressons sur votre politique économique sans ciblage et sans vision économique territoriale et qui conduit, en plus, à subventionner le patrimoine privé de chefs d’entreprises via leurs SCI qui auront tout loisir de profiter des généreux mécanismes d’optimisation fiscale.
Vous demandez ici, comme nous, un soutien plus fort de l’État.
Sur ce point, nous sommes d’accord. Mais nous n’avons toujours pas compris comment vous comptez traduire cette exigence au niveau national où vos représentants réclament moins d’Etat et moins de services publics.
Alors nous sommes à votre écoute. Que préconisez-vous pour que l’État puisse dégager les moyens que vous appelez de vos vœux ? Quelle articulation envisagez-vous entre vos positions locales et nationales antagonistes ?
À cet égard, vous avez dû être déçu par le projet de loi censé traduire le grand acte de décentralisation promis aux élus locaux par le Premier ministre.
Le texte devait clarifier les compétences de chacun pour éviter la dilution des responsabilités, identifier l’échelon le plus pertinent pour répondre aux besoins des citoyens, et en tirer les conséquences en matière de compétences et de financement.
Le résultat est plus que décevant : le projet de loi semble se contenter d’accroître encore le rôle des préfets.
Est-ce pour cela que vous souhaitez demander à l’Etat, dans le rapport 101, de devenir le premier Département Autorité organisatrice de l’habitat ? Est-ce un rapport pour exercer une pression sur le Gouvernement afin de tenter d’accélérer et d’engager concrètement le processus de décentralisation ?
Ici en local, on vous entend dire depuis votre tribune que vos rapports son magnifiques, que nos décisions améliorent le quotidien, que vos politiques sont « cousues main ». Mais la réalité, c’est que la perception et le vécu des citoyens est aux antipodes de ce lexique de communication.
Soyons dignes de nos mandats, et disons les choses comme elles sont : nous n’avons plus les moyens pour répondre aux besoins de nos concitoyens et nous devons trouver les solutions pour y remédier.
Mais l’avenir se construit aujourd’hui. Il sera tourné vers les transitions environnementales, et nos économies devront s’y adapter. Soit on anticipe, on accepte et on s’adapte, soit on subit. Et pour réussir ce défi, c’est la coopération, l’empathie et la science qui doivent triompher du capitalisme sauvage et des politiques d’apparences.
Nul doute que ce temps est arrivé ou arrivera rapidement.
Merci de votre attention.
