Collèges et canicule : le Département répond aux jeunes par des intentions sans contenu

Le Département a présenté devant l’Assemblée et la presse un rapport sur l’adaptation des collèges aux épisodes de fortes chaleurs. Il n’engage pas un euro : ni calendrier, ni modification du plan d’investissement. Seule est évoquée une vague enveloppe « petits équipements » envisagée au budget prévisionnel 2027, dont on ne connaît ni le montant, ni les critères de répartition, ni ce qu’elle est censée couvrir exactement. Alors même que lycéens et collégiens se mobilisent pour réclamer des moyens humains et des locaux en bon état et adaptés à la chaleur, ce rapport est l’illustration que leur voix n’est pas entendue.

Un retard qui s’accumule depuis 2015

Après les canicules de mai, après celles de juin qui ont mis en difficulté la tenue des épreuves du brevet, après les grandes chaleurs de septembre, la majorité départementale avait la responsabilité de présenter un changement concret.

Elle partait de loin : la rénovation des collèges a été retardée dès 2015, et il a fallu attendre 2023, deux ans après le début du deuxième mandat, pour qu’un programme de 35 M€ soit enfin décidé. Or ce programme, censé combler le retard, est lui-même en retard. Pendant que les dossiers prêts dormaient dans un tiroir, l’inflation effectuait son travail, et ce retard aura un coût pour le contribuable.

Les travaux déjà décidés et budgétés feront-ils l’objet d’un avenant pour intégrer l’adaptation des collèges aux fortes chaleurs, seule raison d’être de ce rapport ? Quel complément budgétaire a été prévu sur ce volet ? Les études de végétalisation des cours présentées se traduiront-elles sur le terrain ? Nous n’en savons rien : la majorité ne fournit aucune réponse et se contente de son effet d’annonce vide.

Que va faire le Département ?

La question est simple : que va faire le Département ? Demander aux collèges de décaler leurs horaires pour commencer les cours à 6 h, comme cela a été évoqué en commission ? Ou presque rien, comme le laisse entendre la Présidente ? Celle-ci minimise en effet les chantiers à réaliser, en affirmant que dans cinq ans il y aura 4 000 collégiens de moins et que l’on se demandera alors quoi faire de nos bâtiments.

Le Département demande aux chefs d’établissement d’élaborer un « plan de continuité d’activité », qu’il lie aux dotations de fonctionnement des collèges, et aux enseignants de changer de salle ou d’horaires. En somme, la majorité veut calquer sur les collèges le modèle qu’elle a expérimenté dans ses propres services.

Ce discours sidère. Un collège ne décale pas ses classes comme on décale un service administratif. Comment faire dans un établissement plein, qui n’a plus de salles disponibles, ni de salle à l’ombre et au nord ? À quelle heure les enfants prendraient le bus ? Le Département n’en a de toute façon pas la maîtrise : les transports scolaires sont une compétence régionale. Et si c’était possible, les familles serviraient le petit déjeuner avant 5 h ? Et l’après-midi, que se passe-t-il : on instaure un périscolaire ? Il faut revenir à la réalité.

Ce n’est pas une politique patrimoniale : c’est un désengagement déguisé en responsabilisation partagée, où chacun doit faire sa part, sauf le Département.

Une réhabilitation lourde ne se fait pas d’un coup de baguette magique, et nous saluons le travail des équipes de la direction du patrimoine, qui proposent des projets prenant en compte les impératifs du changement climatique. Mais il fallait profiter de l’été pour effectuer en urgence les petites réparations et installer des protections solaires : films, stores, brise-soleil. Ce travail n’est même pas encore programmé.

Un écho dans la mobilisation des lycéens

Cette impatience face à l’inaction n’est pas seulement celle des élus. Lycéens et collégiens se mobilisent à leur tour pour réclamer des moyens humains, le remplacement des professeurs absents, des locaux en bon état et adaptés à la chaleur, et une organisation du rythme scolaire plus juste. Leur colère fait écho, mot pour mot, à ce que révélait le plan Cap Jeunesses : l’organisation du rythme scolaire était le premier motif d’insatisfaction des jeunes interrogés. Ce sont ces mêmes jeunes qui, en juin, ont peiné à passer les épreuves du brevet dans des salles surchauffées.

Quand la majorité leur répond qu’il suffirait de décaler les horaires à 6 h, elle confirme qu’elle n’écoute ni les jeunes ni les équipes éducatives. Notre message est simple : écoutez les jeunes et les enseignants. Demandez-leur comment ils ressentent les choses, où il fait le plus chaud, où cela reste supportable, ce qu’ils aimeraient. N’imposez pas vos solutions, ou vos absences de solutions, comme une évidence qui ne l’est pas.