Le Département du Doubs multiplie les signaux alarmants : désengagement financier majeur sur la question de l’eau, présentation trompeuse des données environnementales et gestion défaillante du patrimoine historique. Deux exemples mis en lumière par l’opposition lors de l’Assemblée départementale du 27 avril 2026 illustrent cette tendance : la réduction drastique des aides accordées aux collectivités pour l’eau potable et l’assainissement, et l’imbroglio persistant autour de la vente du Fort Griffon.
L’eau : un désengagement non assumé et un site départemental trompeur
Le Département se présente comme un acteur clé sur la question de l’eau, mais en réalité, il en fait sa principale variable d’ajustement budgétaire. Les chiffres sont sans appel :
- Les subventions au bloc communal pour les réseaux d’eau potable ou d’assainissement ont été divisées par trois, alors que les études scientifiques soulignent sur la nécessité d’augmenter les investissements pour améliorer la qualité des cours d’eau.
- Le nouvel accord-cadre lié au 12ᵉ programme de l’Agence de l’eau prévoit une enveloppe départementale de 3,2 M€ par an, dont 2 M€ pour l’eau potable et l’assainissement, jusqu’en 2030. Un désengagement flagrant par rapport à l’accord précédent (2020-2024), qui prévoyait 7 M€ par an, dont 6 M€ pour l’eau potable et l’assainissement.
- Un réseau de mesure de la qualité de l’eau en déclin : entre 2024 et 2025, de nombreuses stations de mesure ont disparu du site départemental de l’eau. Or, presque toutes signalaient un état médiocre ou mauvais. Résultat, la carte censé refléter l’état écologique des rivières, affiche 70,83 % de points verts en 2025, contre 30,59 % en 2024. Une présentation biaisée qui masque une réalité alarmante.
- La pertinence même du classement en « bon état écologique » peut être remis en cause. Une rivière déclarée en bon état sur le papier, ne l’est pas forcément en réalité.
- Une mise en demeure européenne : la France a été rappelée à l’ordre en mars 2026 pour son interprétation trop laxiste du « bon état écologique », omettant des indicateurs clés comme l’abondance des populations piscicoles.
- Ainsi, et ce n’est qu’un exemple, le Cusancin est classé en bon état écologique sur le site départemental de l’eau. Qui oserait affirmer que c’est bien le cas ?
Le Fort Griffon : un manque d’entretien et une vente compliquée
Le dossier du Fort Griffon est emblématique de l’inaction coûteuse du Département :
- Un patrimoine délaissé : propriétaire du site, la majorité départementale a annulé dès son arrivé au pouvoir en 2015 une ligne de 3 M€ prévue pour la réfection des remparts. Depuis, les investissements ont été minimaux : seulement 141 000 € de dépenses d’entretien entre 2018 et 2023 alors que le Département a l’obligation légale d’assurer la préservation de ce patrimoine classé à l’UNESCO.
- Des coûts explosifs :
- La réfection des remparts est maintenant estimée à 9.7 M€, alors que le Département l’estimait à 6.2 M€ en 2018. C’est une condition préalable à la vente. Qui paiera ?
- Un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) est prévu en 2026 pour trouver un repreneur capable d’acquérir tout ou partie du site en l’état, puis d’en assurer la commercialisation.
- La remise en état du site, hors remparts, est estimé à 13 M€, tandis que sa réhabilitation était évaluée à 35 M€ en 2019, un montant sujet à une très forte inflation. Qui paiera ?
- Le site serait ensuite vendu, très probablement dans le cadre d’un partenariat public-privé. Qui paiera ? Qui bénéficiera de la plus-value ? Est-ce que la ville de Besançon, dont le nouveau maire avait fait de la valorisation de ce site le premier point de son volet attractivité, est intéressé ? Celui-ci étant absent au moment de cette discussion, aucun éclaircissement n’a pu être obtenu sur une opération qui semble déjà engagée et qui concerne au premier chef le département, vendeur.
Quoi qu’il en soit, nous demandons que l’accès public aux remparts, aux tours de garde et aux terrasses soit garanti, afin que chacun puisse profiter d’une des plus belles vues sur Besançon.
Une demande d’Autorité Organisatrice de l’Habitat (AOH) sans vision globale
Enfin, nous avons été surpris par la volonté du Département de solliciter l’État pour devenir Autorité Organisatrice de l’Habitat (AOH), sans y inclure les deux plus grandes agglomérations du territoire : Grand Besançon Métropole (GBM) et Pays de Montbéliard Agglomération (PMA). Quel sens donner à cette demande sans vision départementale ?
Ne nous y trompons pas : alors que l’innovation du Département en matière de logement s’est limitée à l’implantation de quelques Tiny Houses en réponse à la grave crise du logement que connaît le Haut-Doubs, il s’agit avant tout d’un rapport de force visant à faire pression sur le Gouvernement. Ce dernier a en effet déçu de nombreux élus locaux en ne tenant pas ses promesses de décentralisation.

